Chamfort a dit : "Mon dieu préservez-moi des douleurs physiques je m'arrangerai avec les douleurs morales"
Moi qui avais les deux je vous assure que je ne "m'arrangeais" pas bien du tout ni avec les unes ni avec les autres...
Aujourd'hui j'ai mis un papillon noir puisque c'est la seule couleur qui peut représenter le fond. Il n'y en a pas d'autres.
Du moins pour moi.
On peut avaliser l'expression populaire : "Avoir des idées noires"...c'est bien la bonne couleur !!!
Ceux qui y sont allés au fond savent ce que c'est, les autres ne peuvent même pas l'imaginer.
Toutes ces expressions sont faibles pour décrire ce mal de vivre déclenchant migraines, nausées, hallucinations et toutes autres douleurs psychosomatiques accompagnées de sentiments de terreur,
d'effroi, de honte, de culpabilité, je vous épargne une longue liste.
Pour moi ce fut un gouffre sombre et glacial, un trou où les parois lisses me faisaient glisser loin, très loin, si loin... mais ce n'était pas pour atterrir sans
secousses au pays merveilleux d'Alice.
Non ce fut au coeur de mes entrailles, dans le puits de mon enfance, dans les abysses "d'autrefois", dans les ténèbres de labyrinthes où grouillent horreur et effroi que je tomberai, complètement
choquée.
Une force incontrôlable me tirait vers cet enfer mais contrairement à sa représentation habituelle le mien était glacé.
Comment l'arrêter ?
Une seule solution, longue, l'affronter.
C'est le noir absolu et pourtant c'est ici à tâtons, à quatre pattes au sens propre et figuré que la lumière se fera.
Je précise que ce fut mon ressenti à moi et ce qui va suivre aussi, et mes propres symptômes de dépression.
C'est en tremblant et glacée de peur, vacillant sans cesse, au bord du précipice souvent, que je vais commencer, je dis bien commencer à découvrir qui j'étais.

par Lmvie
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"Même sans espoir la
lutte est encore un espoir" Joseph Cronin
Je ne pensais même pas que les hallucinations pouvaient exister dans cet état.
Je me souviens avoir passé un après-midi dans ma chambre, terrée, me tordant de douleur sur mon lit, en voyant l'image de ma mère éclater comme une baudruche répandant sang et chair sur les
murs.
Je me revois par terre tel un ver, nu, sans squelette, sans carapace, sans consistance, rampant pour trouver une issue, écumant et vomissant.
Je me relevais tant bien que mal pour me voir dans la glace avec un ventre gonflé comme si j'étais enceinte de neuf mois.
Je venais de faire la connaissance avec les troubles psychosomatiques.
Domaine où j'allais exceller pendant plusieurs années et sans doute encore.
La seule différence c'est qu'aujourd'hui je peux décrypter le langage de mon corps.
J'étais à l'état larvaire et je glissai visqueuse le long des parois de ce fichu gouffre.
L'image de la mort apparut alors.
Elle m'appelait, tirant mon corps vers elle, l'écartelant et déchirant mon âme.
J'eus envie de nombreuses fois de venir me blottir dans ses bras.
Mais mon instinct de conservation fut plus fort et j'en décidais autrement.
En sueur dans ma chambre, grelotante, je la regardai s'approcher et finalement je la repoussai.
J'avais choisi la vie sans le savoir malgé les efforts surhumains que celle-ci me demandait.
Je m'en souviens, j'ai lutté des heures et des heures contre elle.
La maladie, car c'est une maladie (enfin reconnue, à l'époque très peu) avalait ma vie, notre vie.
La souffrance dévastait mon existence, notre existence.
Je me décomposais en moi-même.
Mais je ne sais par quel afflux inespéré d'énergie j'eus la force de continuer avec ce corps supplicié.
par Lmvie
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"Le plaisir
est toujours un bien, et la douleur toujours un mal, mais il n'est pas toujours avantageux de jouir de plaisir et il est quelquefois avantageux de souffrir la douleur."
Nicolas de Malbranche
Mise en pièces, à plat par terre, je pourrai cette fois "choisir" les éléments qui conviendraient à ma nouvelle personne, enfin quand je dis nouvelle je devrais
dire à ma "vraie" personne, celle qui est enfouie sous un monceau d'éducation parentale, sociale, religieuse etc etc ...
Autant chercher une aiguille dans une botte de foin.
Mais jour après jour cependant, année après année c'est moi et moi seule qui remettrai en place les pièces éparpillées de ma personne et qui les harmoniserai.
Mais avant d'effectuer cet assemblage je devais déjà reconnaître les pièces (pas simple), les décaper (épuisant et salissant), éventuellement, les jeter si trop abîmées (regrettable,
triste), les replacer au bon endroit (recherche et prise de tête) ou alors en trouver de nouvelles (oui mais où ?), et normalement la mécanique humaine se remettrait en marche.
Le chantier était en cours, un vrai garage de pièces détachées et de vieilles carcasses. J'avais fait un tour par la casse et maintenant j'allais passer par la refonte et me couler dans la peau
d'une nouvelle Lmvie de ma convenance, dans une peau où je serai à l'aise, que j'apprécierai et qui serait, du moins je l'espérai, douce.
Mais la création sera longue, douloureuse.
Plus j'allais voir Adam et plus j'étais malade suite à l'arrêt des anti- dépresseurs car tout remontait en vrac n'importe quand et n'importe comment.
Je me retrouvais parfois en "état d'urgence".
Un état bien particulier que je rencontrerai plusieurs fois au cours de cette maladie, quand la mort vous attire de nouveau et que vous vous laissez glisser doucement mais sûrement vers elle.
Bien qu'épuisée dans ces instants je trouvais toujours le réflexe de prendre le téléphone pour appeler au secours mon psy préféré;
et me traîner jusqu'à ma voiture prendre la rocade qui surplombait la lagune, dont la vue est une vraie carte postale, mais je puis vous dire qu'à ce moment précis mes talents de photographe
amateur était loin bien loin, car je laissais aller le véhicule au ras de la falaise pour dévier sa trajectoire au dernier moment.
Pas besoin de passer la marche arrière, nous avons une en nous, que nous passons inconsciemment nous empêchant d'effectuer ainsi le geste fatal.
par Lmvie
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"Nul ne peut atteindre l'aube sans passer par le chemin de la nuit". Khalil Gibran
Comme je vous l'ai déjà dit j'avais un langage incohérent, mais ce qui était le plus frappant c'était le nombre de lapsus qui sortaient de ma bouche.
Cela déclenchait le fou rire de mes filles.
Je commençais une phrase et un mot surgissait de ma gorge venant s'immiscer au beau milieu de cette dernière la rendant incompréhensible ou comique.
C'était irrésistible.
La seule chose qui pouvait me faire sourire, à l'époque, était la mine moqueuse et rieuse de mes deux filles qui ne rataient pas de les souligner à chaque fois.
Si à ce stade de mon travail en psychothérapie je n'attachais aucune importance à ces lapsus à répétition, je puis vous certifier qu'en psychanalsye ce sera bien différent car le travail sur ces
derniers est capital, mais j'étais bien ignorante de tous ces mécanismes à lépoque.
Mais je vais quand même apporter une précision pour les personnes qui risqueraient d'être intéressées.
La psychanalyse s'attache à l'inconscient.
Jusque là tout va bien.
Mais comment le déchiffrer, le reconnaître, l'étudier, le décrypter ?
Comment se manifeste-til à nous ?
Car il nous parle mais nous sommes bien trop occupés pour l'écouter.
Par la somatisation, par les lapsus languae et auditifs et bien sûr les rêves.
Je n'irai pas plus loin ce jour.
Dans tout ce désaccord corporel et linguistique, seul mon visage était épargné pour la simple et bonne raison qu'il n'était plus vivant mais un roc.
La seule partie douloureuse ne disparaissait pas.
Je la haïssais de toutes mes forces, le peu qu'il me restait.
Chacun du groupe essayait de survivre.
Mais celui qui fut pour moi le plus marquant, le plus touchant et le plus interférant s'appelait Didier.
par Lmvie
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"Tout groupe humain prend sa richesse dans la communication, l'entraide et la solidarité visant à un but commun: l'épanouissement de chacun dans le respect des différences". Françoise
Dolto
Je dédie cette phrase à la communauté qui vient de m'accepter, seule une grand dame comme Mme Dolto pouvait énoncé ce que je pouvais ressentir.
Je souhaite leur transmettre le message suivant en leur disant que je les remercie de m'accueillir parmi eux et que d'autre part je suis ravie de pouvoir à mon tour aider ceux
qui en auront besoin, car l'histoire que je narre s'est déroulée il ya vingt ans je le répète, et le long chemin effectué depuis me permet d'adhérer à la citation de Sacha Guitry :
"Le peu que je sais c'est à mon ignorance que je le dois" .
Si mon expérience psychanalytique peut leur "ouvrir" quelques horizons je les éclairerai du mieux que je peux.
Merci encore
par Lmvie
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"Le désespoir c'est le suicide du coeur". Jean Paul Richter
Avec le recul et les années passées, j'en souris aujourd'hui car vraiment je me dis que désespérée, j'aurais fait n'importe quoi, j'aurais tout tenté tant la
douleur était insoutenable.
De toute manière dans mon état ou je me suicidais ou j'essayais tout et n'importe quoi.
Bref, l'Afrique et ses mystères, ses rites avaient peut-être ma solution.
Nous prîmes Jo et moi rendez-vous avec le sorcier du village.
Je payais le prix d'un mouton qui allait être sacrifié en mon nom et servirait de festin à tous les villageois.
Le jour de la cérémonie arriva.
Qu'on y croit ou pas une certaine anxiété se manifestait que ce soit de ma part ou celle de Jo.
Elle avait préféré se tenir à l'écart pour se "protéger" m'avait-elle dit.
Comprenne qui pourra.
A chacun ses croyances.
Une chèvre fut placée dans un cercle dessiné à la craie et moi aussi, assise sur une chaise.
Une vieille femme, le visage parcheminé, m'aspergea d'une eau de couleur douteuse, tourna autour de moi en proférant des paroles dans son dialecte.
J'avais espoir et peur à la fois.
Le sorcier arriva.
Je m'attendais à ça
Je l'avais imaginé portant un masque, le corps recouvert de kaolin, terrifiant.
Et bien pas du tout, rien de tout cela.
Habillé à l'européenne, avec un costume tout ce qu'il y avait de plus ordinaire, de grande stature, et d'après ce que je pus comprendre à l'aide de ses mains transmis mes douleurs à la
chèvre.
J'avais les yeux rivés sur elle.
Comment ma souffrance allait-elle passer en elle ?
A cette seconde précise je le crus.
Mais vous vous en doutez, rien ne se passa et j'ai bien envie de rire en écrivant ces lignes tant je fus ridicule.
Mais le ridicule ne tue pas, le désespoir oui.
Donc le transfert de mon visage à la chèvre ne se fit pas.
Le pauvre animal eut la chance de rester animal, le village allait faire la fête et moi je repartais avec un visage poisseux, ne sachant que penser de la sorcellerie, mais en partie satisfaite
d'avoir nourri un village entier.
par Lmvie
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