Je me suis posée la question suivante : Pourquoi ai-je choisi des papillons
pour illustrer mes articles ?
Dans ce cas là il ne faut pas réfléchir et cueillir la première réponse ou image qui vient à l'esprit, c'est généralement la plus sincère, et ce qui m'est venu c'est le nom d'Henri Charrière
surnommé "Papillon".
Je pense que beaucoup d'entre vous connaissent cet homme, bagnard pendant plus de quinze ans dont treize en Guyane et qui écrira un livre dont le titre est tout simplement "Papillon" dans
lequel il évoque sa vie au bagne.
Les associations d'idées ne se font pas par hasard, et je dois avoir un point commun avec lui, si lui fut prisonnier au sens propre du terme moi je le fus et le suis encore un peu malgré
tout de la "douleur".
A chacun ses chaînes plus ou moins lourdes à porter, à chacun sa cellule d'enfermement.
Je poursuis mon
récit.
Je ne lâchai plus cette main secourable.
Je pleurai pendant cinq heures sans vouloir la quitter. J'aurais pu emplir une vasque de mes larmes.
L'infirmière arriva pour la perfusion de laroxyl et là je me mis à hurler ne voulant plus qu'on me fasse souffrir de quelque manière que ce soit.
J'étais en pleine intolérance à la douleur que je supportais depuis dix mois déjà, je faisais une overdose "d'avoir mal", j'étais comme suppliciée.
La perfusion installée, je m'apaisai et Adam arriva.
Il s'assit près de moi sans dire un mot remplaçant mon époux qui venait de quitter la chambre, les épaules rentrées, le regard triste.
"Je ne puis le laisser partir ainsi" dis-je à Adam.
"Il est bouleversé".
Adam prononça ces paroles: "Tant pis pour lui".
Je l'ai trouvé sur le moment dur et injuste mais en fait il avait raison.
C'était moi qui étais allongée sur le lit, c'était moi qui avais besoin de soins, pas lui, c'était de moi qu'il fallait que je m'occupe, c'était le tout premier pas vers l'égoïsme indispensable à
ma survie.
par Lmvie
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"La
mort n'est pas une chose si sérieuse, la douleur oui" André Malraux
Adam avait pris ma main et la caressait doucement, sans un mot,simplement en message de "douceur", ce dont j'avais le plus besoin.
Une thérapie d'un an par ce geste venait de commencer, un nouveau couple se formait.
Ensemble nous allions parcourir un bout de chemin, au cours duquel je l'aimerai, le haïrai, et ce à raison de trois fois par semaine.
Je fus alitée huit jours pendant les quels le goutte à goutte me servait de bouée de sauvetage.
J'étais reliée à quelque chose qui me soutenait.
Je ne voulais pas que l'infirmière retire cette perfusion, je m'y accrochais comme un enfant aux bras de sa mère.
Il fallut pourtant l'enlever.
A quoi allais-je me tenir ?
A ce bouquet de fleurs qu'on m'avait apporté ? Qu'avait-il de particulier ?
Je le regardai et me rendis compte que je n'avais dû à ce jour jamais "regarder" vraiment. Cette fois je le ressentais autant que je le sentais.
Qu'avais-je fait de mes yeux auparavant ?
Qu'avaient-ils regardé jusqu'à ce jour ?
Je sus à ce moment précis qu'une transformation en moi venait de s'effectuer. Il y en aura bien d'autres, ce n'est que le balbutiement de la métamorphose. (voilà encore un mot qui me ramène au
papillon d'ailleurs)
Mes sens s'éveillaient vraiment. Il faut bien un début à tout.
Mon mari vint me chercher.
Cette fois il fallait sortir de mon refuge, et marcher à l'air libre.
Mes pas étaient hésitants, la tête me tournait, j'avais peur, peur d'aller à la rencontre du monde, de la vie.
par Lmvie
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"Si tu ne sais pas où tu vas, passes par où tu ne sais pas" Alain Amselek
Je suis une inconditionnelle de cette phrase d'une difficulté rare à mettre en application.
Et maintenant avec le recul je peux vous certifier que ce sont dans ces mots que se trouve souvent la solution. Nous avons tous des repères quelqu'ils soient et d'aller vers l'inconnu est ce
qu'il y a de plus ardu car cela déclenche tout simplement un sentiment tout simple bien connu appelé "peur".
Et j'ai rarement rencontré des personnes dans ma vie capables de la vivre.
Marie Lyne m'encouragea pour faire en même temps une psychothérapie de groupe.
Je dois vous dire que tout ceci m'était complètement étranger à l'époque et relevait du domaine de l'inconnu total voire du mystère le plus sombre mais je lui faisais une confiance aveugle pour
la bonne raison qu'elle représentait ma bouée de secours.
Donc je suivais son conseil et une fois par mois je commençais une psychothérapie de groupe en plus de mes séances individuelles.
Je pensais en rentrant de l'hôpital que j'en ressortirai au bout de huit jours en pleine forme, ignorant complètement ce qu'était la dépression nerveuse, maladie qui de nos jours d'ailleurs fait
des ravages et est encore beaucoup marginalisée.
Je pensais avoir atteint le "fond".
Fallait-il savoir ce qu'est le fond.
Je l'appris rapidement.
Il faut dire que parallèlement je tenais toujours ce fameux centre de "remise en forme" (comique non pour une dépressive de remettre les autres en forme ? ) qui m'épuisait physiquement étant
donné le nombre d'heures que j'effectuais et de plus j'avais perdu dix kgs n'arrivant plus à avaler une bouchée tellement ma gorge était nouée et les muscles du cou douloureux par cette
intervention.
Pour couronner le tout, les propiétaires de ce centre étaient des amis très chers, elle, était même la marraine d'une de mes filles, nous nous connaissions depuis quinze ans.
J'avais redressé cette affaire qui ne fonctionnait pas au préalable, la rendant très prisée, très "à la mode", bref l'endroit où il fallait être membre.
Malheureusement même l'amitié ne supporte pas la dépression.
par Lmvie
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"Si un humain
n'est pas capable de percevoir la douleur d'un autre, il serait justifié de lui retirer sa qualité d'homme". Bernard Werber
Je les connaissais à peine.
Oui bien sûr que oui, je déverserai ma violence sur eux plus tard, et sur moi même au fur et à mesure qu'elle apparaîtra, et elle surgira souvent à ma grande stupeur.
Ils étaient là pour recevoir, rejetter, se battre, haïr, hoqueter, hurler, cracher, vomir et moi aussi.
Nous déverserons à chaque séance tous, les uns sur les autres, nos terreurs les plus profondes, nos frustrations, nos colères enfouies, nos rancoeurs et notre rage.
Rage du passé, rage de vaincre, rage de vivre alternant avec découragement, effondrement et désespoir.
Chacun reconnaîtra en écoutant parler l'autre, une partie de lui même.
Ils seront un miroir, me renvoyant en plein coeur ce que j'avais terré dans tout mon être, dissimulé, oublié dans toutes les parties de mon corps.
Un corps inerte qui venait de s'éteindre lui aussi.
J'étais un pantin, une poupée de chiffon, molle, affaissée, seul mon visage restait coulé dans du béton armé, j'avais l'impression que des étais le déchiraient.
Dissociée, j'étais dissociée. Mon corps n'était plus rattaché à ma tête.
Chirurgie plastique je te maudis.

par Lmvie
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"Nos seules vérités, homme, sont nos douleurs" Alphonse de Lamartine
Pendant les séances particulières je parlais de ma vie de tous les jours, de mon opération.
Le passé n'avait pas encore ressurgi.
Du moins je ne le faisais pas encore ressurgir, car les défenses sont bien là comme leur nom l'indique pour nous "défendre" dans le présent de ce qui fut insupportable dans le passé.
Et nous nous y connaissons pour occulter ce qui dérange, nous trouvons plein de moyens dans nos vies pour "échapper" à ce que nous n'osons affronter, travail, sport, voyages, achats, blog, mal de
dos, migraines, la liste est longue...et pourtant...là se trouve la possibilité de nous libérer de quelques chaînes.
Lorsque je quittais le cabinet d'Adam le soir, j'ignorais totalement que derrière chaque arbre, chaque maison qui jalonnaient ma route se cachaient mon histoire, mon passé, ma jeunesse, mon
enfance qui allaient surgir du fin fond de mes entrailles et qu'à ce moment précis la descente aux enfers allait commencer.
Les anti-dépresseurs embuaient mon esprit, la dose était forte, mes jambes flageolaient, mes gestes complètement désarticulés.
Quelle sensation terrible de ne plus arriver à coordonner ses mouvements, ou du moins en avoir l'étrange impression.
Anti-dépresseurs que j'avalerai peu de temps, car j'apprendrai qu'ils sont là pour apaiser cette espèce d'orage qui risque d'éclater en nous et qui nous déstabilisera terriblement.
Mais en apaisant cette menace d'orage, je mettrai plus de temps à extirper ma douleur.
Ils masquent.
J'étais pressée.
De ce côté là je n'avais pas changé.
C'est pour cette raison qu'un jour au cours d'une séance, je dis à Adam : "Je ne veux plus avaler ces saloperies, je peux m'en passer".
"Chiche" répondit-il.
Je savais qu'en abandonnant cette béquille de soutien, j'aurai à affronter le flot des conséquences immédiates.

par Lmvie
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