"Même sans espoir la
lutte est encore un espoir" Joseph Cronin
Je ne pensais même pas que les hallucinations pouvaient exister dans cet état.
Je me souviens avoir passé un après-midi dans ma chambre, terrée, me tordant de douleur sur mon lit, en voyant l'image de ma mère éclater comme une baudruche répandant sang et chair sur les
murs.
Je me revois par terre tel un ver, nu, sans squelette, sans carapace, sans consistance, rampant pour trouver une issue, écumant et vomissant.
Je me relevais tant bien que mal pour me voir dans la glace avec un ventre gonflé comme si j'étais enceinte de neuf mois.
Je venais de faire la connaissance avec les troubles psychosomatiques.
Domaine où j'allais exceller pendant plusieurs années et sans doute encore.
La seule différence c'est qu'aujourd'hui je peux décrypter le langage de mon corps.
J'étais à l'état larvaire et je glissai visqueuse le long des parois de ce fichu gouffre.
L'image de la mort apparut alors.
Elle m'appelait, tirant mon corps vers elle, l'écartelant et déchirant mon âme.
J'eus envie de nombreuses fois de venir me blottir dans ses bras.
Mais mon instinct de conservation fut plus fort et j'en décidais autrement.
En sueur dans ma chambre, grelotante, je la regardai s'approcher et finalement je la repoussai.
J'avais choisi la vie sans le savoir malgé les efforts surhumains que celle-ci me demandait.
Je m'en souviens, j'ai lutté des heures et des heures contre elle.
La maladie, car c'est une maladie (enfin reconnue, à l'époque très peu) avalait ma vie, notre vie.
La souffrance dévastait mon existence, notre existence.
Je me décomposais en moi-même.
Mais je ne sais par quel afflux inespéré d'énergie j'eus la force de continuer avec ce corps supplicié.
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