Mercredi 27 février 2008
"Ne disputons à personne ses souffrances, il en est des douleurs comme des patries, chacun à la sienne". François René de ChateaubriandDans ce rond mal formé, il y avait des anciens et les nouveaux dont je faisais partie.
Les habitués et les bleus.
De tous âges, de tous bords, de toutes souffrances, nous formions un cercle lamentable d'êtres humains déchiquetés, broyés, pulvérisés par la vie.
Certains deviendront des amis d'autres auront traversé ma vie l'espace d'un mal être, mais tous resteront à jamais présents dans mon coeur, dans mon corps.
Chaque parcelle de mon esprit et de mon être physique provient d'eux et de moi.
Ils feront partie de ma reconstitution.
Nous devions nous présenter en passant à genoux devant chacun et en leur disant un mot, celui qui venait à l'esprit au moment présent.
Je me traînais plus devant chacun, assis, le visage bouleversé tout autant que moi, j'étais interrogative, gênée, que leur dire ?
Au plus jeune, il avait dix huit ans, je lui marmonais : "Pas toi"...il m'était intolérable que quelqu'un d'aussi juvénile puisse souffrir autant que moi.
Et pourtant de nombreuses années après je me rendrai compte que finalement c'est une chance oui je dis bien une chance de commencer ce travail à cet âge là, bien moins de souvenirs à brasser, bien moins de passé à remuer et beaucoup plus de clairvoyance à gagner pour l'avenir.
Je ne sais plus les phrases que j'ai pu prononcer à ce moment mais la détresse que je lisais dans leurs yeux m'accompagnera longtemps.
Je les écoutais raconter des morceaux d'histoire, de leur histoire, des parts de vie.
J'écoutais ces langages incohérents suivis de silences, de soupirs et de pleurs au milieu d'un profond respect.
Mon langage à moi n'était guère plus cohérent.
Les mots sortaient de ma bouche, sans ordre aucun, sans vie, sans tonalité aucune.
J'étais recroquevillée, appuyée contre le mur qui me soutenait, tremblante mais sentant en moi monter une profonde violence.
Allai-je la déverser sur eux ?

par Lmvie
publié dans :
Psychothérapie
communauté :
Psychanalyse
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